Halte à la tentative de décapiter le syndicat SYTRAIL
21 cheminots sénégalais et maliens sont arbitrairement licenciés et suspendus par Transrail, la société concessionnaire de la ligne de chemin de fer depuis le 1er octobre 2003. C'est d'abord le Dr Tiécoura Traoré, Président du Cocidirail, diabolisé et arbitrairement suspendu puis licencié le 11 octobre 2004 par Transrail et les gouvernements maliens et sénégalais ligués contre lui pour le seul "crime", (en fait un délit d'opinion) d'avoir appelé "à rendre le chemin de fer au peuple malien". ATT et Transrail échouent à ériger un mur de silence sur son cas. Ce sont ensuite 18 syndicalistes maliens de SYTRAIL licenciés et deux syndicalistes sénégalais de FETRAIL suspendus. Les uns et les autres sont coupables du seul et même "crime" (de lèse-majesté Transrail) d'avoir non seulement été en grève ensemble à l'unisson les 15 et 16 juin puis les 12,13 et 14 juillet 2006, mais avoir finalement abouti, en plus de leurs revendications salariales et sociales communes, à réclamer le départ du DG de Transrail, François Lemieux et même en ce qui concerne FETRAIL avoir demandé, comme le Dr Tiécoura Traoré, l'annulation de la concession. C'est dire que l'histoire est en train de rattraper Transrail et les gouvernements démissionnaires de nos pays.
Pourquoi les grèves de grèves de juin et juillet ?
Principalement parce que le DG de Transrail François Lemieux s'est permis de violer et réviser à la baisse le protocole d'accord du 25 juin 2004 signé par ses prédécesseurs. Une augmentation de salaires ainsi concédée et payée sur deux mois par Daniel Masse a été retirée aux travailleurs par Lemieux au titre "d'avance sur salaire" puis amputée des trois quarts. Ensuite Lemieux a dicté une nouvelle grille salariale marquée par des classifications et subdivisions sophistiquées se traduisant par une baisse nominale des salaires et avantages acquis aussi bien pour les maliens que les sénégalais. Et pour l'imposer, Lemieux a stipendié au Mali Abdoulaye Berthé à hauteur du million de frs cfa par mois et en a fait au sein du bureau de SYTRAIL un chien couchant. Ce dernier s'est permis tout seul et à l'insu des autres membres de son bureau d'apposer sa signature au bas de la nouvelle grille salariale. Résultat : au lieu de l'objectif initial d'égalité et d'uniformisation visé par le protocole de 2004, les cheminots maliens et sénégalais se sont retrouvés avec une contre-offensive en règle de la multinationale Transrail qui baisse les salaires et avantages sociaux respectifs et maximise ses propres profits déjà colossaux et aussitôt expatriés. L'unité d'action des syndicats SYTRAIL et FETRAIL a été immédiate pour riposter aux diktats de Lemieux et ses tentatives d'instaurer par des débauchages, des menaces et par l'argent des relations de maître à esclave dans l'entreprise en violation ouverte tant du protocole antérieurement signé, que de l'accord d'établissement, des lois et règlements en vigueur au Mali et au Sénégal et de la convention de concession.
Transrail se moque des gouvernements maliens et sénégalais
Le 19 septembre les maliens médusés ont écouté à la télévision le compte-rendu de la session interministérielle Mali Sénégal d'évaluation de la concession. Le ministre sénégalais, se livra à une savante distinction parmi les 18. Mr Habib Sy a ainsi annoncé que 8 allaient être réintégrés immédiatement pour cause de " fautes... faisant l'objet de circonstances atténuantes". Tandis que les 10 autres feraient l'examen d'un examen "au cas par cas" par une commission composée de représentants des départements ministériels de l'Equipement et des transports et de la fonction Publique, de l'UNTM et Transrail. Le ministre sénégalais a même précisé que les cas pouvaient être examinés selon deux possibilités...
Soit une conclusion de "faute lourde" qui exclut la réintégration et conduit à "un plan social de départ", soit une conclusion de "circonstances atténuantes" comme pour les 8 et dans ce cas c'est la réintégration. Pour sa part le ministre malien aurait, si l'on en croit l'Essor, lancé des accusations de "fautes lourdes" des grévistes maliens avant d'appeler Transrail au consensus sous prétexte de "déficit de communication entre la direction de Transrail et les travailleurs.», déficit, dit-il, "en partie à l'origine des conflits sociaux qu'a connu la société." !!!Or contrairement à ces déclarations officielles un publi-reportage grassement payé par Transrail dans le journal "le 26 mars" s'inscrit publiquement en faux contre la voie de sortie de crise proclamée par nos ministres.Le publi-reportage en date du 2 octobre soutient qu'il n'existe aucun consensus et que Transrail n'est pas d'accord! Le "26 mars" explique : "La Direction de Transrail a certes pris part à le rencontre qui a décidé des mesures précitées mais en réalité, elle a été mise devant les faits accomplis. Autrement dit, le concessionnaire n'a pas délibérément adhéré à ces mesures jugées hâtives et non concertées. Pour tout dire, la décision de reprise des huit (8) licenciés aussi bien que celle de la création d'une commission chargée de statuer sur la situation des dix autres licenciés n'émanent que des autorités maliennes et sénégalaises qui ont saisi l'occasion pour imposer leur volonté sur le concessionnaire." (26 mars au 2 octobre 2006)
Non à la réintégration au cas par cas et à la décapitation de SYTRAIL
Ainsi, il n'est pas exagéré de dire que Transrail se fiche complètement des décisions des gouvernements maliens et sénégalais. Son but affiché dès le départ est de décapiter le syndicat SYTRAIL avec qui François Lemieux a obstinément refusé de discuter depuis qu'un congrès extraordinaire tenu les 29 et 30 avril a démocratiquement isolé et balayé du syndicat son agent Abdoulaye Berthé et a porté à la tête du syndicat une nouvelle équipe dirigée par Abdoulaye SAGO. Cette rénovation syndicale, soutenue par la centrale syndicale UNTM, a été cruciale pour rendre possible, côté malien, les grèves salutaires conjointes de juin et juillet 2006 qui restent en travers de la gorge de François Lemieux. Le but de Transrail et ses plumitifs n'est-il pas manifeste? N'est-il pas de rejeter aussi bien la loi malienne que les droits travailleurs de se constituer librement en syndicat de leur choix, sans ingérence aucune des patrons, et leur droit inaliénable d'aller en grève conformément à la loi ?Comment au surplus accepter que pour une même grève organisée conjointement par SYTRAIL et FETRAIL dans les deux pays, on se permette de suspendre d'un côté deux syndicalistes tandis que de l'autre, sans la moindre retenue on suspend et on licencie le même jour un paquet de 18 syndicalistes ? N'y a t il pas manifestement deux poids deux mesures ? Comment se fait-il qu'au lieu de défendre leurs ressortissants et exiger qu'ils soient tous réintégrés, nos ministres de malheur inventent des accusations aussi sonores que creuses, spéculent sur on ne sait quel "cas par cas", avant de s'agenouiller pour demander on ne sait quel consensus ou pardon? Cela ne suffit-il pas à démontrer que ses ministres sont des traîtres à leurs peuples, vendus à Transrail.
Halte à la diversion !
Prôner à cet effet la réintégration partielle des 8 et "le cas par cas pour les 10" est une capitulation honteuse de ATT, son ministre Koita et son premier ministre Pinochet qui n'osent pas dire que le tristement célèbre "déficit de communication" qu'ils reconnaissent comme "à l'origine des conflits sociaux qu'a connues la société" n'est rien d'autre que le refus illégal et somme toute terroriste et obstiné par Lemieux des grèves au Mali comme au Sénégal et son refus de tout dialogue avec les grévistes. Le Cocidirail proclame que non seulement les grévistes ne sont coupables d'aucun crime, d'aucune "faute lourde" ou encore à "circonstances atténuantes" mais les sanctions qu'il faut absolument rejeter ne sauraient nous faire oublier le véritable problème de la grille salariale et de la concession dans son ensemble. Transrail doit absolument reconnaître le bureau de SYTRAIL dirigé par Abdoulaye SAGO, se mettre à table pour discuter les revendications des travailleurs et respecter le protocole d'accord du 25 juin 2004. L'expérience récente d'EDM-sa enseigne que les travailleurs ne doivent pas permettre que Transrail et les gouvernements démissionnaires et incompétents occultent cette question fondamentale. Alkaly Keita, on se souvient a été empoisonné pour le seul tort d'avoir démontré que Saur International la société concessionnaire de l'énergie pouvait baisser les tarifs de l'eau et de l'électricité sans nuire à ses super bénéficies et sans que l'Etat soit obligé de la subventionner. Or bien qu'EDM avait été privatisée (en fait bradée) au prétexte que l'Etat ne pouvait pas en assumer la charge le gouvernement malien a déboursé plus de 18 milliards de subvention à Saur. ATT et son ministre Séméga ont tranquillement mis cinq ans avant de se rendre compte que les hausses de prix de l'eau et de l'électricité "tuaient l'économie" et que la privatisation était "un échec". Mais qu'avons nous vu après l'annulation de la concession? Non seulement les prix loin de baisser augmentent tous les mois alors que le service public se dégrade, mais la révision de la grille salariale qui avait fait l'objet d'un accord entre la direction et le syndicat d'EDM a été annulée au point que les travailleurs se retrouvent avec des salaires en baisse. C'est exactement le complot que Lemieux, ATT, Wade et les gouvernements exécutent à Transrail.
Le Cocidirail réitère quant à lui son soutien ferme et indéfectible aux grèves héroïques actuelles des cheminots maliens et sénégalais contre le terrorisme du patronat canadien. L'UNTM, on le sait a déclaré que les licenciements proclamés par Lemieux sont "nuls et non avenus". Cette prise de position ferme du Secrétaire général Siaka Diakité a même contraint un moment le ministre Abdoulaye Koïta à s'engager par écrit à annuler les licenciements. Si ce ministre n'a apparemment pas de parole, le Cocidirail appelle l'UNTM à tenir parole, se défier du piège du "cas par cas" et des diversions. Le Cocidirail engage les centrales UNTM et CSTM à se convaincre que l'unique issue est de prêter main forte dans l'action à SYTRAIL pour étendre si nécessaire la grève à tout le secteur des transports et même au besoin aller à la grève générale unitaire pour construire le rapport de force indispensable à la victoire. Le Cocidirail appelle tous les syndicalistes, tous les hommes et toutes femmes de bonne volonté à dénoncer le mépris colonialiste de Transrail et la complicité criminelle d'ATT et Wade.
Réintégration immédiate du Dr Tiécoura Traoré et des 20 cheminots sénégalais et maliens,
Reconnaissance inconditionnelle par Transrail du bureau de SYTRAIL
dirigé par Abdoulaye SAGO et négociations immédiates.
Rendons le chemin de fer au peuple malien !
Bamako le 4 octobre 2006
Le Cocidirail

